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Galerie Depardieu, Nice
DEL'ART #57 galerie Depardieu
Expositions

Jacques Renoir • Eaux vives

Jusqu’au 23 janvier 2021
JACQUES RENOIR, Le double appel
Jacques est mon mari. Il me demande d’écrire un texte sur son travail. Plus précisément sur cette exposition, Eaux vives, dont je connais bien les photographies pour les avoir vues dans son atelier ou sur le terrain en train d’être prises.
J’accepte d’emblée, même si je suis dans une position doublement délicate en tant qu’épouse du photographe et participante à l’exposition. Nous avons en effet réalisé une œuvre en commun, un diptyque photographie-poésie. A lui les images, à moi les mots. Cette œuvre est Le Lac.
J’accepte d’emblée parce que j’aime ce qu’il fait. Et comment il le fait. Mais aussi parce que c’est l’occasion pour moi de porter sur ses images un autre regard, non plus contemplatif mais analytique. Et à sa façon, conforme à cet « au-delà du regard » dont Jacques se réclame.
J’ai sous les yeux l’ensemble de ses Eaux vives. Je les détaille longuement.

Il me semble qu’il y a dans ses photographies un double appel qu’on pourrait tenir pour contradictoire si l’on n’en éprouvait l’intensité. Ce double appel est celui de la fixité et du mouvement, de l’instant et de la durée, du suspens et du cours. En somme celui d’une statique et d’une dynamique.
Je regarde la photographie des enfants sautant dans les jets d’eau. Un arrêt sur image. Un élan qui se poursuit au-delà de l’image. L’arrêt ne bloque rien. Au contraire il exhibe dans une surprenante précision ce que l’œil ne peut saisir : l’égrènement de chaque goutte d’eau dans la verticalité d’un jet. Mais cette attention si prenante à la présence, s’allie à une impétuosité que rien ne peut empêcher. Or c’est là une constante de la pratique photographique de Jacques. Fouiller un point de vue en variant les techniques, les perspectives, les lumières, les couleurs, jusqu’à trouver ce point profond qui est la naissance d’une visibilité neuve. Et la lancer dans son mouvement propre.

A l’évidence il n’a jamais quitté son métier de cinéaste, même dans la photographie. Au contraire. Il l’y sublime.
C’est perceptible en ce que chacune de ses images, intentionnellement dit-il, raconte une histoire. Que cela soit une photographie unique comme celle d’un couple minuscule sur une plage, entre galets et eau, de la Promenade des Anglais, ou que cela soit dans le choix d’une série de photographies associées, en deux, trois, cinq, ou même douze images comme pour Le Lac.
Dans la photographie unique, c’est le détail qui bouleverse les aplats du paysage marin et qui suggère l’écoute d’un échange intime.
Dans le cas des séries, comme par exemple dans les trois photographies d’Harlem sous la pluie, c’est le combat qui est capté, en des scènes de rue où les passants luttent contre une averse. Dans les douze photographies du Lac, c’est, cliché après cliché, la lente venue de l’orage tombant sur son propre reflet, à la surface d’un lac.

Toutefois je crois que sa relation au cinéma se fait la plus forte lorsque l’ensemble de ses photographies uniques ou appareillées, sont elles-mêmes mises en scène autour d’un thème. Celui-ci lui permet en effet d’embrasser dans un mouvement unique et supérieur toutes les déclinaisons qu’il souhaite. Cette cinétique des cinétiques n’est plus simplement narrative mais existentielle car elle inclut tous les possibles. Les Eaux vives se trouvent ainsi circonscrites, comme par une caméra circulaire et elles s’énumèrent en joie de vivre, en éclaboussures, en menace d’orage, en recherche d’abri, en paisible contemplation, en bruissement de ruisseau.
Pour autant le double appel n’en résonne pas moins jusque-là. Car, en sa force et son paradoxe, le mouvement embrassant pénètre dans la matière et y trouve une essentialité statique, à la limite de l’abstraction. Juste à la limite. C’est elle qui saisit dans les gerbes de la tempête Alex la puissance élémentaire de l’eau, supérieure à toute humanité. Ou dans la somptuosité des couleurs du désastre, le vert profond des eaux mortelles.

Claude Montserrat-Renoir
Philosophe
Nice, Novembre 2020


 


Silva Usta • Femmes pionnières

17 décembre - 30 janvier 2021

Exposition au sous-sol
Entrée libre.


 

 

Evénements
Lieu

Galerie Depardieu

Adresse

6 Rue Dr Jacques Guidoni


 06000 Nice
Accès

09 66 890 274
galerie.depardieu@orange.fr
galerie-depardieu.com
Ouvert du lundi au samedi de 14h30 à 18h30

Histoire

Plongé depuis trente ans dans le milieu de l'art international, Christian Depardieu dirige un espace culturel multidisciplinaire. Il s'agit d'abord d'une galerie d'art contemporain présentant les travaux d'artistes locaux et internationaux d'avant garde, choisis selon une ligne exigeante. Dans le vaste mouvement actuel d’uniformisation et de mise en réseau des cultures, certains artistes affirment leurs différences, sans toujours pouvoir les faire reconnaître. C’est pour offrir à ces individualités fortes, un espace d'exposition et de rencontre dans une ville cosmopolite comme Nice où les artistes, célèbres ou non, ont si souvent choisi de vivre et de travailler que la galerie Depardieu s’attache à montrer, dans un choix très éclectique, des artistes de notoriété nationale et internationale ainsi que des jeunes artistes travaillant sur divers médiums : peinture, sculpture, photographie, vidéo, installations, art numérique, performance… Depuis l'ouverture en 2004, plus de soixante-dix expositions personnelles d'artistes émergents ou déjà connus y ont été organisés.
La galerie multiplie les médiations artistiques destinées à élargir le public et à l'amener à se confronter d'avantage à l'art contemporain. Elle s'ouvre à d'autres disciplines en accueillant régulièrement des concerts de jazz, des pièces de théâtres et lectures de textes d'auteurs contemporains, des soirées philo, des conférences, des débats, des performances…

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